COMPRENDRE LE PHÉNOMÈNE BITCOIN

Le Bitcoin fait la une de tous les médias en cette fin d’année, pourtant il reste une énigme pour beaucoup. Voici les principales notions à connaitre pour mieux appréhender le phénomène Bitcoin.

Qu’est-ce qu’une monnaie ?

Quelles sont les conditions pour qu’un objet (un métal, un morceau de papier, un coquillage, un certificat numérique…) inspire confiance et devienne une monnaie, c’est-à-dire un moyen de transaction et une réserve de valeur ?

Il faut qu’il soit adossé à un patrimoine dont la valeur est reconnue (les assignats de la Révolution française gagés sur les biens nationaux) ou une capacité productive (l’effort à réaliser pour se procurer un coquillage rare ou de l’or). Pour devenir une monnaie dominante, il faut en complément que l’objet soit soutenu par une puissance militaire capable de l’imposer sur un territoire donné.

Les Etats ont donc tous les moyens d’imposer une monnaie, disposant de la capacité productive et du patrimoine du pays tout en s’appuyant sur des forces militaires capables de sanctuariser l’usage de cette monnaie. De nombreuses monnaies papier furent à leur début adossées à une autre monnaie qui inspirait confiance, l’or.

L’adossement à un patrimoine (or avec l’étalon or, immobilier comme dans le cas des biens nationaux) a longtemps été privilégié, car c’est la notion de réserve de valeur de la monnaie qui était importante. Mais cette conception présente le désavantage de limiter la croissance si le patrimoine en question ne progresse pas et ne permet pas d’augmenter la quantité de monnaie en circulation.

Ainsi, le manque d’or sur un territoire qui privilégie l’or comme monnaie d’échange ou utilise une monnaie papier adossée à l’or freine le développement économique.

C’est la raison pour laquelle les Etats ont avec le temps opté pour des monnaies sans référence à l’or dont la quantité via le mécanisme de prêt bancaire pouvait augmenter en fonction du désir d’entreprendre des agents économiques (rappelons que les banques commerciales ont le pouvoir de création monétaire à l’occasion de l’octroi de prêts bancaires). Dans ce cas, la monnaie est gagée sur la création future de richesse que le système bancaire attend de celui à qui elle va octroyer un prêt en créant de la monnaie.

Qu’est-ce qu’une monnaie privée ?

Le développement des monnaies privées, non émises par une puissance étatique et coexistant avec la monnaie de l’Etat, n’est pas un phénomène nouveau dans l’histoire. On pourrait citer l’exemple de l’Allemagne des années 20 dans laquelle les monnaies privées émises par des municipalités ou des entreprises se multipliaient tandis que la monnaie de l’Etat allemand était également utilisée sur le territoire.

Si un Etat accepte le développement des monnaies privées (cela peut arriver tant que leur usage demeure marginal dans la société), celles-ci peuvent inspirer confiance et prospérer dès lors qu’elles s’adossent à un patrimoine ou une capacité productive. A titre d’exemple, une entreprise peut tout à fait payer ses ouvriers en bons d’achat de produits de l’entreprise. Et rien n’empêche le salarié de donner ses bons d’achat au boulanger du quartier pour acheter des baguettes de pain. C’est alors que la monnaie privée devient monnaie à part entière.

Pourquoi le Bitcoin est une monnaie privée ?

Dans le cas du Bitcoin, la maintenance et le développement du réseau informatique Bitcoin (reposant sur la technologie blockchain) constituent la capacité productive. C’est cela qui donne de la valeur au Bitcoin. Il y a création de Bitcoins en guise de rémunération lorsqu’un informaticien met à contribution son serveur et sa capacité de codage. Il contribue à la vie du réseau par des opérations de codage/cryptage. Il y a bien rémunération d’un travail et la création d’un jeton monétaire est légitime. L’informaticien qui perçoit ces Bitcoins peut ensuite les revendre ou les utiliser pour procéder à des achats auprès de commerçants acceptant les Bitcoins.

Rappelons dans les grandes lignes le principe de la technologie Blockchain: il s’agit d’un réseau d’ordinateurs géré de manière décentralisé, où chaque participant contribue à faire vivre le réseau sans qu’une entité centrale en assure la maintenance. Des transactions peuvent avoir lieu de manière sécurisée entre les membres du réseau sans qu’un registre de transactions soit détenu par un tiers de confiance. Le registre est décentralisé et présent sur tous les serveurs du réseau.

Le Bitcoin présente donc les caractéristiques d’une monnaie privée inspirant confiance, à savoir l’adossement à une activité productive, en l’occurrence la gestion du réseau. C’est une garantie que l’émission de cette monnaie est bien liée à une création de richesse et limitée à cette création de richesse. C’est ce qui en fait sa valeur.
Le Bitcoin n’est pas la seule cryptomonnaie. Certaines entreprises de services informatiques se sont récemment financées en créant leurs propres cryptomonnaies gagées sur l’usage des services futurs de l’entreprise (vous me donnez un euro et en échange je vous donne un jeton/monnaie qui vous donnera un accès aux services de mon futur site internet).

La hausse du Bitcoin est-elle justifiée ?

Les acheteurs actuels de Bitcoin spéculent sur l’hypothèse que le Bitcoin va devenir une monnaie de référence utilisée par une part importante de la population et que la création de Bitcoin va demeurer limitée car pour l’instant le réseau qui gère le bitcoin s’est fixé cette règle (21 millions de jetons Bitcoin seront émis). Or ces deux hypothèses sont loin d’être validées.

Tout d’abord il est fort probable que de nombreux Etats, mécontents de voir une monnaie privée concurrencer leur monnaie officielle et ainsi remettre en cause leur souveraineté, décident d’interdire l’usage de cette cryptomonnaie. La Chine a déjà opté pour cette option. Rappelons que le Général de Gaulle avait interdit la détention et l’usage de l’or pour les transactions en France dans l’immédiate après-guerre.

Un Etat et sa banque centrale peuvent également reprendre le contrôle d’une cryptomonnaie. Ainsi la Suède étudie actuellement la création sous l’égide de la Banque de Suède d’une monnaie numérique basée sur la technologie Blockchain. Mais dans ce cas, il est peu probable que le nombre de jetons soit limité car c’est incompatible avec le désir de favoriser la croissance.

Ainsi la valeur du Bitcoin peut s’effondrer, soit parce que son usage grandissant conduit à son interdiction, soit parce que sa reprise en main par les autorités amène à une forte élévation du plafond d’émission.

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